Albert Camus et l’obstination de l’immanence

Je viens juste de parcourir l’essai de Tharcisse Urayeneza “L’homme dans l’oeuvre d’Albert Camus: Quelques traces d’identification” (Editions Persée, 2007). L’auteur suit la progression du portret de l’homme chez Camus à travers son destinée minéral, la déification horizontale de la nature humaine, la réalisation de sa condition absurde à la mesure d’un cosmos irrationnel, la révolte contre l’inhumain, la rencontre avec le grand Autre qui seul peut donner du sens à l’existence humaine. L’humanité camusienne nous apparaît, en dernière analyse, comme la grande résistance mise contre les pulsions verticales de l’homme. L’obstination de Camus de tenir ses personnages et à travers eux, son archétype humain, dans la gloire du présent, traduit une grande affliction ontologique. Le “non” catégorique qui s’en relève tient de l’espérance d’une restauration de l’humanité mais en fin de compte, cela n’aboutit qu’à une proclamation d’un demi-homme noyé dans la répression des tendances vers le haut, l’endroit qui seul peut offrir une explication honnête du mystère humain, dans toute sa complexité.

L’essai est très systématique, parsemé des réflexions de l’auteur sur les découvertes qu’elle a faites dans son voyage camusien. Je transcris ci-dessous quelques paragraphes conclusives.

“Humain trop humain, l’homme décrit par Camus s’érige tout en affirmant les autres. Aussi, l’anthropologie socio-philosophique d’Albert Camus s’inscrit-elle dans le courant de l’athéisme contemporain dont Feuerbach, Marx et Nietzsche sont les porte-flambeaux. Cependant, le problème central de l’homme décrit par Camus est plutôt du rapport immanence-transcendance. Pour Camus, transcender l’homme et le monde, c’est dépasser l’être. Aussi, sur cette terre des hommes, l’homme décrit par Camus cherche-t-il à devenir dieu, c’est-à-dire à devenir un, à s’unifier. Possibilité impossible, mais nécessaire, et qui conditionne tout l’être de cet homme.

Est-ce que l’homme peut devenir dieu? Autant dire, la tour de Babel est-elle une oeuvre à la mesure de l’homme? Certes non! Car, il y manque d’unité chez l’homme. Plus que l’unité de langues qui déjoue constammant la réalisation d’un tel projet-rêve, il existe en l’homme un manque à plusieurs facette: au niveau du savoir, de l’avoir, du valoir, du pouvoir tant sur les hommes que sur les choses; et enfin, un manque au niveau de la sexualité, domaine de l’imcomplétue et de l’indocilité (Platon dans Le Banquet). Ainsi, l’homme ne se satisfait-il jamais de ce qu’il fait. Il ne coïncide pas toujours avec ce qu’il est. D’où un manque beaucoup plus fondamental, à savoir: le manque ontologique. Tout n’est pas dans le tout. On ne vit que dans la dynamique du provisoire. Tout passe.

Dans sa quête d’unité, du bonheur et de la justice, l’homme décrit par Camus dévoile certainement ce manque; mais en même temps, et peut-être de façon inconsciente, cet homme-là révèle les traces de l’infini (Dieu) qui sont en lui. Peut-on alors conclure au mouvement irrésistible et inévitable, immanent en chaque homme, qui le pousse à dépasser le fini pour aller vers l’infini (Dieu)?” (pp 101-2)

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