Auguste à la hauteur des Alpes

À la mort de César en 44 av. J-C, la Gaule et l’Espagne sont romaines, mais les peuplades insoumise des Alpes contrarient la communication entre Rome et ses possessions transalpine. Auguste entreprend alors une série de campagnes (25-14 av. J-C) auxquelles il participe sans doutes en personne, aidé de Drusus et Tibère. Il en résulte de nouvelles provinces, faisant la liaison entre l’Italie, la Gaule et la Germanie: parmi elles, les «Alpes maritimes», avec Cimiez (Nice) pour capitale.

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L’inscription aussi que la plupart des éléments extérieurs de l’édifice ont été reconstitués au cours du 20e siècle.

Le monument célèbre la victoire d’Auguste sur les peuples des Alpes, definitivement soumis entre 25 et 14 av. J-C. En 7-6 av. J-C, le Sénat et le peuple romain lui dédicacent le trophée. Il est érigé au col de la Turbie, point le plus haut de cette voie Julia qu’Auguste avait fait construire pour faciliter les échanges vers les Gaules. Il domine la mer de San Remo à l’Esterel, et affirme la puissance et la protection de Rome.

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Une face du soubassement portait une immense dédicace à Auguste et l’énumération des 44 peuples soumis. Elle a été reconstituée grâce à une citation de Pline. C’est la plus longue inscription lapidaire connue de l’Antiquité romaine. Une coupole conique à degrés servait de piédestal à une colossale statue d’Auguste, peut-être flanquée de deux captifs.

Pline écrivait:

Il ne paraît pas hors de propos de transcrire ici l’inscription du trophée des Alpes, qui est ainsi conçue: A L’IMPERATOR CÉSAR, FILS DU DIVIN CÉSAR, AUGUSTE, GRAND PONTIFE, IMPERATOR POUR LA XIVe FOIS, L’AN XVII DE SA PUISSANCE TRIBUNITIENNE, LE SÉNAT ET LE PEUPLE ROMAIN, EN MÉMOIRE DE CE QUE, SOUS LES ORDRES ET SOUS SES AUSPICES, TOUS LES PEUPLES ALPINS, DEPUIS LA MER SUPÉRIEURE JUSQU’A L’INFÉRIEURE, ONT ÉTÉ SOUMIS A L’EMPIRE ROMAIN. PEUPLES ALPINS VAINCUS: LES TRIUMPILINS, LES CAMUNES, LES VENOSTES, LES VENNONETES, LES ISARCIENS, LES BREUNES, LES GENAUNES, LES FOCUNATES, QUATRE NATIONS VINDELICIENNES, LES CONSUANETES,  LES RUCINATES, LES LICATES, LES CATENATES, LES AMBISUNTES, LES RUGUSCES, LES SUANETES, LES CALUCONS, LES BRIXENTES, LES LEPONTIENS, LES VIBERES, LES NANTUATES, LES SEDUNES,  LES VERAGRES, LES SALASSES, LES ACITAVONS, LES MEDULLES, LES UCENES, LES CATURIGES, LES BRIGIANS, LES SOGIONTIENS, LES BRODIONTIENS, LES NEMALONES, LES EDENATES, LES ESUBIANS, LES VEAMINS, LES GALLITES, LES TRIULATTES, LES ECTINS, LES VERGUNNES, LES EGUITUBES, LES NEMENTURES, LES ORATELLES, LES NERUSES, LES VELAUNES, LES SUETRES. (Histoire Naturelle, 3.136-138)

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Monaco

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L’idée que se sont faite les restaurateurs du captif qui achève le bas-relief flanquant l’inscription du soubassement

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Implanté sur les hauteurs du port antique de Monaco, le trophée signalait l’extrémité des Alpes. Il s’inscrivait aussi dans le paysage du sanctuaire voué à l’Héraclès (Hercule) Monoïkos. Le nom Monaco, Monoïkos en grec, est presque toujours associé à celui d’Hercule par les écrivains antiques. Cette association est chargée de sens: Auguste est ainsi assimilé à Hercule, fils de dieu promis à la divinisation, héros civilisateur et ouvreur de routes à travers les Alpes. La soumission des barbares alpins n’était donc qu’un prétexte légitimant l’héroïsation de l’émpereur: la célébration de ses exploits mettait en valeur son essence divine.


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La chèvre monégasque

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Le village de la Turbie


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L’autre trophée romain qui subsiste encore aujourd’hui se trouve à Adamklissi en Roumanie, à 150 km de Bucarest.

Tropeum Traiani à Adamklissi – Tous droits réservés Alex Pănoiu (flickr)

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6 thoughts on “Auguste à la hauteur des Alpes

  1. While I was in Edinburgh (at the Peter conference), one of the speakers, professor of classics, objected to the use of “Augustus”, if the title is used to refer to Octavian prior to 27 A.D. She said that it is thus used by scholars who “should know better”. 🙂 It does seem strange that basically everybody is using it even when referring to Octavian when he was not yet “august”.

    Thanks for the pictures!

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    • Agreed, but we keep referring to the Easter Roman empire as ‘Byzantine’, a name which was never used by the ‘Byzantines” themselves or those around them. Should we thus point to a larger historiographical challenge?

      Not to mention the birth of Mircea the Elder in 1355, when he was not so old. 😛

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    • And one more thing: In 27 AD, Octavian was long dead – the title ‘Augustus’ was bestowed on him in 27 BC, long before the aforementioned victory over the Alpine tribes, so strictly speaking, there are no grounds for anachronism. The general admonition still stands, though.

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  2. The first counterexample which you mentioned does not invalidate what I said. The Byzantines did not call themselves “Byzantine”, but we know they were not the Romans of the first century and therefore call them something else (Byzantine). There is nothing anachronistic in this. It’s just a label meant to enable us to better describe them.

    However, we know that Octavian did call himself Augustus at some point, marking an important transition in the political history of the Roman republic.

    We would be misguided (and anachronistic) to say that “president N. Ceausescu” condemned the invasion of Czechoslovakia in 1968, when at that time Ceausescu was “first secretary of the Communist party”, becoming president of the Republic only in 1974. In a similar way, we cannot speak of “king Carol I” prior to 1881, when he was proclaimed king.

    In connection with Mircea the Elder. When we talk about these characters we usually refer to their adult period and their political achievements as fully grown men. Their childhood and youth does not really interest us. I would expect a chapter on Mircea the Elder to begin with “Mircea, the son of prince X, was born in 1355 etc.” and then say when and how he acquired his sobriquet.

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    • (in haste) – I wasn’t expecting such a careful exposition – popular history doesn’t make such distinctions. It is enough that a historical figure or phenomenon acquire a certain renown for them to be commonly referred to by that property. A historian, on the other hand, must be free from such muddles.

      The ‘Byzantine’ illustration was a case in point of using misnomers for convenience. It is first of all a misnomer, not simply ‘a label meant to enable us to describe them’ for Byzantium ceased to be Byzantium, both toponymically and politically, as is too well known, and has no historical referent, however convenient the designation has become.

      The ‘Mircea’ example was to be taken flippantly and serve as an ink-free amusement.

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